QUAND LE BUS SOLIDAIRE DEVIENT UN BUREAU DE VOTE

BusCG
Le bus solidaire lancé cette semaine par le conseil général est un exemple de plus d’une dépense publique exagérée mais pas totalement désintéressée d’un point de vue électoral…

Les lois de décentralisation ont confié au conseil général la gestion de la politique sociale: RSA, petite enfance, personnes handicapées, personnes âgées … Dans notre département, ces dépenses représentent un coût supérieur à 265 M€ par an, soit 46% du budget du conseil général.

Souvent dénoncées comme des « politiques de guichet » car elles distribuent d’importantes mannes financières souvent peu ou mal contrôlées, les dépenses sociales du conseil général des Pyrénées-Orientales sont loin d’être exemplaires. Pour preuve, la dernière trouvaille des élus départementaux: un bus solidaire (voir l’article de L’Indépendant du 31 mai). Selon la présidente du conseil général: « Le bus solidaire a pour vocation d’apporter les services de la solidarité sur tout le territoire départemental, qu’il soit urbain ou rural, en proposant des consultations de nourrissons PMI, des permanences sociales, des permanences insertion« .

Selon le conseil général, l’aménagement du bus n’aurait coûté « que » 70.000 euros. Or, il semblerait que le coût de l’opération dépasse les 400.000 € hors taxes puisque le bus (Grand Tourisme, 3 essieux, 15 mètres de long et 36 tonnes), à lui seul,  coûte plus de 350.000 € hors taxes selon les spécialistes.

[quote style= »style2″]457 agents sur le terrain et un bus à 400.000 euros[/quote]

Cet investissement ne se justifiait pas et cela, à plus d’un titre :

  • Il existe déjà 19 maisons sociales du conseil général disséminées sur tout le département (voir la carte ci-dessous) qui mobilisent 457 agents sur les 664 que compte la direction des solidarités du conseil général: leur rôle est traiter localement les questions de protection maternelle et infantile, l’aide sociale à l’enfance, l’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées, l’instruction des demandes et l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, les questions sociales en général, les questions de logement. Avec un tel dispositif, le territoire des Pyrénées-Orientales est largement couvert: on ne voit vraiment pas ce qu’apporterait en plus le « bus solidaire ».cartemsd

 

  • A la lecture des rapports annuels de ces maisons sociales, il apparaît de fortes disparités en termes de « performances » quant au nombre de dossiers traités et de personnes reçues d’une maison sociale du conseil général à l’autre. Ramené au nombre de jours travaillés par an par les équipes de chaque maison sociale, les agents du conseil général basés à Perpignan traiteraient une moyenne de 2 personnes par jour tandis que celle du Conflent en traiterait 0,20 par jour (0,14 pour la maison du Vallespir). Avant de créer son « nouveau gadget publicitaire », le conseil général eut été mieux inspiré de revoir l’organisation de ses équipes sur le terrain et d’optimiser ainsi la présence de ses agents dans tous les secteurs du département.

[quote style= »style2″]Le bus à 400.000 euros détrone le bus à 1 euro[/quote]

  • Le conseil général justifie la création de ce bus par la nécessité d’aller au devant des usagers dans les territoires les plus reculés alors, comme on vient de le voir, que la plupart des maisons sociales (notamment en zone rurale) ne sont pas encore au bord de l’asphyxie en termes d’activité. L’opération relève ainsi autant de l’opération marketing que du non-sens sur le plan pratique : expliquer qu’un bus de 36 tonnes est le moyen le mieux adapté de se rendre à Escaro ou à Mantet relève d’une méconnaissance manifeste de notre territoire et de ses toutes d’accès aux territoires les plus reculés ..
  • Investir plus de 400.000 euros dans un « bus solidaire » pour se rendre dans les territoires « reculés » (comme si le Pays Catalan c’était l’Afrique…) alors que, dans le même temps, les finances départementales sont plombées par le « bus à 1 € » qui, théoriquement met tous les publics à la portée de tous les endroits stratégiques du département (et donc, des maisons sociales) démontre bien l’incongruité de ce projet,

[quote style= »style2″]La précarité, source de profit électoral[/quote]

  • A y regarder de près, ce qui pourrait apparaître comme un « hôpital de brousse ambulant » ressemble plutôt à un opération de quadrillage (électoral ?) du territoire et pas de n’importe lequel puisque, si le programme de déplacement du bus vers les zones rurales est, soit incertain, soit improbable (pour les raisons pratiques d’accès évoquées plus haut), Perpignan sera le principal terrain de stationnement de ce bus d’un genre nouveau. Selon la présidente du conseil général, les premières permanences du bus solidaire se concentreront sur Perpignan (Champ de Mars, Saint Jacques Place Cassanyes…), soit des secteurs pourtant déjà couverts par les maisons sociales de Perpignan (Perpignan Nord et Perpignan Sud). Saint Jacques, haut lieu du clientélisme électoral à la sauce catalane, est l’objet de toutes les attentions puisque le conseil général et la mairie s’y disputent « l’action sociale »… En effet, outre la maison pour tous inaugurée par le conseil général, maintenant le « bus solidaire », la Ville de Perpignan n’est pas en reste puisqu’elle a aménagé sur ce quartier la Maison du Tingat qui, elle aussi, sera chargée d’aborder les questions de santé avec la population de Saint Jacques … Espérons que cette maison comporte un parking face à elle de sorte que le bus solidaire du conseil général puisse venir s’y garer !

El tingat

En conclusion, ce « bus solidaire » ne se justifie pas d’un point de vue de l’action sociale qui mobilise déjà d’importants moyens humains et financiers que le conseil général devrait d’abord optimiser avant d’inventer de nouvelles opérations aussi coûteuses qu’inutiles. Qui plus est, vu la concentration de ce bus sur les quartiers sensibles de Perpignan (dont Saint Jacques) et cela, alors même que la ville conduit de pareilles opérations (Maison du Tingat), on sent bien que se joue sur le terrain une partie de la prochaine élection municipale … tout cela avec l’argent des contribuables catalans, dans un département où nous cumulons les mauvais records à tous les niveaux. Comme quoi, la précarité, elle aussi, peut devenir une source de profit électoral.

 

 

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1 juin 2013
1 juin 2013