ET MAINTENANT, ON FAIT QUOI ?

Marche

BDPar Bruno DELMAS, Président de L’Olivier

Jeunes, vieux, commerçants, chômeurs, noirs, juifs, cathos, franc-macs, artisans, vignerons, fonctionnaires, pro et anti « Mariage pour tous », agnostiques et athées, musulmans, joueurs de rugby ou de boules, chasseurs et écolos, retraités et petits enfants … La République était là !

Au fond, que sommes-nous venus dire hier ? Que nous étions pour la liberté d’expression ? N’est-ce pas une évidence pour le pays de Voltaire ? Que nous sommes contre la barbarie mais aussi la dérive des incivilités quotidiennes vers des agressions permanentes qui menacent nos villes, nos entreprises, nos journaux, nos lieux de culte, nos fonctionnaires de police et tous ceux qui œuvrent au service du public … N’est-ce pas non plus une évidence pour les enfants et petits-enfants de ceux qui ont résisté et battu la pire des oppressions, celle des nazis ? Que nous étions contre le terrorisme ? Qui peut dire le contraire à part quelques fous embrigadés qui n’ont ni lu ni compris les livres et les commandements dont ils se réclament ?

Non, au plus profond de nous, cette mobilisation, avec ses symboles et ses visages graves, nous rappelle aussi combien nous avons laissé notre République exposée à toutes les menaces, à toutes les corrosions, à tous les abandons. Et nous venons d’apprendre que les menaces intérieures sont bien souvent les pires. Celles-la mêmes dont nous sommes les seuls responsables.

Comment avons-nous pu en arriver là ?

Il y a trois ans encore, la France s’enthousiasmait pour ce devoir de s’indigner lancé par le respectable adolescent de 90 ans, Stéphane Hessel. Et que nous avons rapidement bien rangé dans les rayons de nos bibliothèques. Chaque hiver, nous exprimons un respect sans bornes pour ce vieil Abbé Pierre ou l’admirable Coluche qui montraient que la vraie solidarité ne s’institutionnalise pas. Mais qu’elle doit rester exigeante pour la part que l’on délègue à nos pouvoirs publics.

Nous croyons à cette République des libres idées retranscrites dans des textes illustres ou dans les dessins d’ex-adolescents engagés. A cette République du quotidien où l’on se dit « Bonjour, Merci, S’Il vous plait … », où l’on respecte les croyances de l’autre ; illustration de base de la Fraternité. Où l’on croit au progrès de l’homme et au fait qu’il soit partagé par tous ; l’Egalité …

A cette Liberté éclairant le Monde symbole d’une promesse nouvelle pour des millions de migrants qui arrivaient à Manhattan sans savoir encore que ce symbole venait de France…A ceux qui, sur nos plages de la Retirada, entamaient une nouvelle vie de liberté, certes dans des conditions difficiles, mais qui ont vu que notre promesse républicaine n’était pas usurpée.

Et pourtant, la société de consommation à outrance qui rend malade, pollue et ravage la planète, les réseaux sociaux qui isolent plus qu’ils ne lient les générations, les convictions 2.0 (aussi creuses et aussi vite diffusées qu’oubliées), l’abstention croissante élection après élection, le communautarisme ad nauseam qui est la négation même de la Républiquetout cela, nous en sommes les seuls et uniques responsables. Par passivité, par dépit. Comme assommés ou désorientés. Parce que nous oublions un peu facilement que nous sommes dépositaires d’une République qui n’est désuète que dans nos têtes. Parce que nous croyons que la République devient secondaire en période de crise. Et pourtant, cette République nous habite autant qu’elle est la solution à tous nos maux. Car c’est par notre voix, comme aujourd’hui, mais aussi par nos actes quotidiens, même les plus insignifiants, que la République avance ou qu’elle recule. Que les périls qui la menacent croissent ou disparaissent.

Au sujet des tragiques événements que nous venons de connaître, j’ai été touché par l’interview donnée ce matin à L’INDEPENDANT par Nazim MEKBEL, algérien réfugié à Perpignan il y a 20 ans, après que son père, Saïd, dessinateur de presse, fut assassiné dans les locaux de son journal. Il dit : « Limiter ça à un débat sur la liberté d’expression est une erreur que l’on a commise en Algérie ». Et il a mille fois raison. Ne la reproduisons pas en France car la menace est bien plus grave…

[quote style= »style1″]C’est l’héritage même de la République qui est menacé.[/quote]

« Et maintenant, on fait quoi ? » On commence par affirmer une République qui dit stop au communautarisme et qui, seule, nous épargne tout risque d’amalgame. La République ne doit pas s’excuser d’avoir des principes qui ont fait la preuve de leur justesse, de leur humanisme et de leur sens du progrès.

Quand une majorité d’enfants ne va plus à l’école dans certains quartiers, c’est la République qui recule car elle produit ses précaires de demain ! Quand, à chaque campagne électorale, on promet des emplois publics à des chefs de clans ou des groupes organisés, c’est la République qui recule car elle entame encore plus le principe d’égalité ! Quand on ne fait plus de l’insertion un devoir pour donner sa dignité à chaque homme et chaque femme touchés par la précarité, c’est la République qui recule car on entretient une société à deux, voire à trois vitesses !

J’ai conscience qu’en écrivant cela je peux choquer mais le laissez-faire n’a que trop duré. Je n’ai de talent ni pour le dessin ni pour l’humour pictural, alors j’écris, je signe et je dis ! Avec mes imperfections, mes défauts de nuance et mes mots peut-être mal choisis. L’indignation n’est pas une discussion de salon de thé et la politique ne doit plus être une affaire de danseurs de salon.

[quote style= »style1″]Dans le respect de la concorde que nous nous devons tous, ne perdons pas l’occasion de donner un écho à nos pas.[/quote]

Pour celles et ceux à qui vous avez rendu hommage au nom d’une certaine idée de la République, à nos anciens qui se sont battus pour que nous ayons ces droits absolus que sont la liberté et le droit de vote (n’oublions pas celui donné aux femmes en 1945), vous aussi, donnez du sens à votre existence républicaine !

Si vous ne savez pas dessiner, votez ! Votez pour qui vous voulez mais votez ! Si vous ne savez pas discourir, votez ! Si vous n’appréciez aucun candidat, aucun parti, alors engagez-vous et votez ! Votez blanc si vous voulez mais votez !

L’idée même de la République, c’est que le peuple – nous tous – prenne son destin en mains, exprime ses exigences, transmette ses indignations, pousse ses élus à dépasser les cadres habituels, rappelle à travers ses votes qu’elle tient au respect de ses valeurs … Tout le monde n’avait ni le goût, ni l’occasion tout simplement d’acheter Charlie Hebdo, mais depuis toujours chacun a le pouvoir de voter et de s’exprimer. Engagez-vous, exprimez-vous, faites-le sans tarder et que vous ayez marché ou pas ce dimanche vous continuerez de mettre vos pas dans ceux de la République !

[quote style= »style1″]L’Humanité ne s’est jamais perdue sur le chemin du Bien. La France n’a jamais égaré les siens sur ceux de la République.[/quote]

9 Commentaires
  1. Non vous ne choquez personne! tout ce que vous déroulez dans votre commentaires nous le pensions depuis longtemps! les français ne sont pas si éteints que la classe politique peut le croire! elle qui se « désolidarise » de tout, Enfin il a fallut un tel drame pour que tous les élans se mettent en branle. C’est maintenant qu’il ne faut rien lâcher.

  2. Bonjour,

    Votre remarquable édito souligne avec talent et justesse les effets délétères d’une démission civique devenue chronique imputable au dégout, à la lassitude, à l’exaspération autant qu’à un sentiment d’impuissance et de soumission nés d’une culture du politiquement pourri, de la célébration hypocrite de la médiocrité, d’une démission des idées au profit du tout matériel, du clinquant et du bling-bling lénifiant incarné par la figure pathétique et indigne d’un ex-président , qui aimerait tant le redevenir, arborant fièrement sa montre à 50000 euros offerte pas la pauvre petite fille riche qui lui sert de potiche, qui n’a jamais cessé de clamer son amour de l’argent, alors même que les disparités sociales n’ont jamais été aussi criantes, que la misère, la pauvreté et la précarité sapent chaque jour un peu plus les bases de la démocratie en faisant le lit de tous les extrêmes : triste écho d’une histoire dont la société des hommes n’a jamais su tirer les leçons.
    Et que dire du cynisme abject de ces profiteurs, qui, au mépris des valeurs morales les plus élémentaires, surfent sur la vague médiatique de l’empathie et de la catharsis pour proposer aux enchères les dépouilles (déjà reliques) artistiques du bon Cabu et de ses camarades à des prix défiant les limites de la raison ?

  3. Je ne commenterai pas votre edito qui me semble correspondre à nos valeurs partagées. Mais je rajouterai que depuis les années 80, de nombreux Amis, avec moi , ont dénoncé les risques que nos dirigeants faisaient encourir aux Français et à ceux que nous hébergions en les accueillant massivement sur note territoire.
    Nos dirigeants savaient que nous ne pourrions les recevoir dignement mais, pour l’image par rapport aux droits de l’homme, ils n’entendaient rien. Au contraire ils nous ont souvent assimilé à des discours d’une autre époque de l’autre coté du Rhin. Aujourd’hui ceux qui ont commis l’irréparable sont issus de cette immigration et de plus sont Français puisque nés sur notre territoire. En disant cela je sais que je choque et les âmes « bien pensantes  » me diront que la majorité des musulmans était aussi dans la rue hier.
    Mais « avant hier » ces assassins tenaient aussi un discours recevable par la France.
    Alors arrêtons de nier l’évidence et la faillite d’une certaine politique.
    Arrêtons de tourner le dos aux réalités,.
    Défendre la France et avancer des idées pour cela n’est pas réservé aux partis politiques, c’est aussi le devoir de nous Tous, Français.
    Vous demandez à nos compatriotes d’aller voter, vous avez entièrement raison, mais à votre place je leur demanderai aussi de voter pour ceux qui défendent une France Forte, une France puissance qui apporte de la richesse et donne alors les moyens financiers à la France pour mener une politique sociale indispensable pour relever la tête des plus démunis d’entre nous.
    Observons à quoi servira la manifestation de hier.
    Vive la France, soyons en fiers

  4. Bonjour Bruno
    Tu dis ne pas savoir dessiner,moi je dis :tu sais écrire.
    Alors ajoutons aux crayons : Les plumes .
    Continue à te servir de cette plume,et n,oublions pas que  » VIVRE C’EST LUTTER « 

  5. Désolée, mais suite aux évènements de la semaine dernière Monsieur le Maire, Monsieur FOURLON présente ses vœux ce mardi 13/01/2015 à 18h30. Etant Conseillère Municipale je me dois d’être présente à ses côtés mais je suis tout à fait avec vous pour défendre la liberté d’expressions et défendre notre héritage qui est la FRANCE.
    Très Cordialement.
    Marie-Dominique GARRIGUE

  6. Bonjour,

    Je rejoins tout à fait ce que vous dites, je suis persuadé que ce mouvement où tout le monde est patriote prêts a defendre la republiqe et la liberté de penser sera éphémère l’homme est comme ça, s’ il n’y a pas un leader pour inciter le peuple à continuer à s’ indigner il a vite fait d’oublier perdu dans ses soucis de crédit, travail etc, et malheureusement je ne pense que le gouvernement actuel aille dans ce sens! Nous sommes en train de perdre toutes nos valeurs, traditions , nous laissons vivre nos ennemis à l’intérieur meme de notre pays! Nous interdisons à d’autres partis de s’ expimerr même si nous ne sommes pas complètement d’accord avec eux, elle est où la démocratie?

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11 janvier 2015
11 janvier 2015