ETE 2014 – CRISES AGRICOLES, DES ÉLÉMENTS POUR COMPRENDRE…

agriculture-catalane

Ces dernières semaines les agriculteurs catalans ont exprimé leur colère et leur détresse. Confrontés à une mévente de leur production, ils se sont mobilisés à 3 reprises dans l’été, pour tirer la sirène d’alarme. L’équipe de l’olivier était à leurs côtés.

Quelques éclairages sur cette situation difficile:

Soumis à  la fois à une concurrence effrénée qui ne répond qu’à une seule règle « des prix toujours plus bas », mais aussi à des contraintes fiscales et réglementaires franco-françaises, à des crises géopolitiques (embargo Russe) et à un manque de reconnaissance de son importance pour nos territoires; notre agriculture catalane est particulièrement fragilisée.

Pour Christine ESPERT, vice-présidente de l’olivier, « l’agriculture catalane est un levier économique et patrimonial sous estimé. Nous avons ici des productions de haut niveau, toutes filières confondues, qui devraient être soutenues ». Elle souligne que »Les indicateurs sont au rouge, il faut réagir vite ! Pour la production de pêches par exemple :

En 1988 : 7340 ha et 1300 exploitations. En 2010 : 3800 ha, et 796 exploitations ! et cette hémorragie que connaît aussi la vigne, ne s’arrêtera pas toute seule…»

Ces indicateurs sont confirmés par les données de l’agreste qui note qu’entre 2000 et 2010 le département des Pyrénées-Orientales a vécu une chute importante (la plus forte de la région) de son nombre d’exploitations : moins 40% ! et une baisse de 19% de la surface agricole utile !

Et pourtant, nous avons des produits de qualité : plus de la moitié des productions se font sous label officiel de qualité, environ 17% sont labellisées bio, et plus d’une exploitation sur 4 fait de la vente en circuit court.

La très grande majorité des producteurs locaux font un véritable travail de qualité, de traçabilité, pour mettre sur le marché des produits de très bon niveau. Ces efforts ont un prix.

Ils  ne sont pourtant pas récompensés par un marché soumis à la dictature «  du prix le plus bas », alimenté par l’arrivée massive d’une production importée moins exigeante: tant sur les aspects de traçabilité que de gestion environnementale (gestion des eaux, des pesticides…) et soumise à un coût du travail inférieur*.

Pour exemple un producteur de pêches du Ribéral, nous indiquait que la production d’un hectare de pêches coûte environ 20 000 euros, et cette année au vu des difficultés des ventes, il ne « rentrera » qu’au mieux 15 000 euros / hectare….Cet agriculteur aura donc travaillé  toute l’année pour au final, perdre de l’argent ! qui accepterait ça ?

En termes de poids économique (données fdsea66), la filière agricole dans le département représente environ 8000 équivalent- temps plein et un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros ! ( 60% fruits et légumes – 30% viticulture – 4% élevage – 6% divers).

Dans un département où le taux de chômage est parmi les plus élevés du pays on ne peut pas se permettre de perdre un levier économique aussi important ! Sans parler de la valeur patrimoniale de notre agriculture.

« Face à la problématique agricole, on doit regarder le réalité en face » martèle Christine ESPERT, et ajoute « l’Europe est une construction précieuse, mais on doit être lucide face aux distorsions entre pays de l’Union. Il est vital que des mesures d’harmonisation fiscale et sociale soient engagées rapidement.  Il est également important que l’Europe renforce son système de contrôle pour s’assurer que les marchandises circulent dans les conditions voulues par l’Union. Concernant le coût du travail, évidement la France doit revoir sa copie* , et travailler à aider nos entreprises à être plus compétitives . Mais localement, nous devons faire bloc derrière la production agricole, avec tous les leviers en notre possession.  Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ! »

-En effet, en donnant un avis défavorable au SCOT plaine du Roussillon, approuvé à une très large majorité par les élus du SCOT il y a quelques mois, la chambre d’agriculture a mis clairement en évidence le manque de vision stratégique de nos élus, qui font le choix des lotissements et autres zones commerciales au détriment de terres agricoles à haute valeur ajoutée ! »

-Y-a t-il de vraies exigences de la part des collectivités locales pour faire  le choix de la production locale? l’attribution du marché public sur la fourniture de viande des cantines, par le conseil général à une société du Nord nous laisse penser le contraire. Le code des marchés publics à bon dos ! (lire notre article sur ce sujet)

-Qu’en sera t-il du marché public de fourniture de fruits et légumes frais pour l’hôpital St Jean de Perpignan, dont l’appel d’offre est en cours ?

-Quelles sont les stratégies pour développer à l’échelle industrielle la co-génération ? (production agricole et production d’énergie )

Notons aussi que, selon une enquête réalisée dans l’été sur les réseaux sociaux, par «  l’olivier-nouveau pays catalan »  Pour 90%, des personnes ayant participé« nos productions catalanes ne sont pas assez valorisées ».

L’expression de colère et de détresse de nos producteurs doit être entendue.

Gardons en tête, que « travailler pour ne rien gagner » n’est pas tenable. C’est pourtant la réalité de beaucoup de nos producteurs ces derniers mois malgré de réels efforts de production qualitative. Pour une grande majorité d’entre eux, les souffrances financières, humaines et familiales sont réelles.  Gardons à l’esprit les résultats de l’institut national de veille sanitaire, qui note qu’en France « nous comptons un suicide d’agriculteur tous les 3 jours »…

Les producteurs doivent pouvoir vivre dignement de leur travail et conquérir des marchés. Le sujet est complexe car il relève de niveaux de responsabilités européens, nationaux et locaux. Cet enchevêtrement de moyens d’actions ne doit pas être un prétexte à ne rien faire. Nous devons agir, et nous pouvons bousculer les choses sur tous les niveaux !

Bruno DELMAS, président de l’olivier avait rappelé récemment dans un article (lire ici) l’importance de l’agriculture pour le pays catalan.

L’olivier reste mobilisé, sur cette question agricole comme levier potentiel de développement économique et de lutte contre le chômage. Nous continuerons à multiplier les rencontres avec des professionnels du secteur.

Nous n’accepterons pas que notre agriculture finisse comme la sidérurgie de l’Est de la France ! 

Nous devons « faire bloc » pour soutenir notre agriculture catalane !

Comme le dit parfaitement Bruno DELMAS dans son article : « (…) Les productions (…) du Pays Catalan méritent toute notre attention car, (…), elles constituent un pan essentiel de notre identité, de notre art de vivre. Renoncer à aider nos agriculteurs, c’est condamner le Pays Catalan tout entier : c’est laisser nos terres devenir des friches ou des objets de spéculations pour promoteurs immobiliers sans goût ni vergogne. C’est perdre nos racines et céder au défaitisme le plus assassin. C’est manquer à la mémoire de nos pères, de nos grand-pères et de leurs femmes qui ont tant donné pour nos terres, nos paysages et notre art de vivre, basé sur la valeur du travail, de la simplicité et de l’amour des produits bien faits. (…) »

 

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* coût du travail – environ 12 euros / heure en France, contre 8 euros / heure en Espagne, 6 euros /heure en Allemagne, 7,5 euros / heure en Italie, 7,8 euros/heure en Belgique et 6 euros la journée au Maroc.

Coût de production d’un kilo de pêches: 1,30 euros en France contre environ 0,8 euro en Espagne /

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Ci-dessous et en illustration quelques visuels réalisés par l’équipe  » des jeunes de l’olivier » dans le cadre de la web campagne qu’ils ont animée sur les réseaux sociaux dans l’été en soutien à la production locale. 

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1 Commentaire
  1. Je ne puis que constater l’appauvrissement de l’agriculture de notre pays Catalan après 43 ans d’absence de notre belle région.
    Ces situations extrêmement difficiles je les ai bien souvent entendues (mévente, marchés concurrentiels, aléas météos…). Votre exposé est bien lucide sur l’état de la situation, mais hélas votre optimisme ne changera rien vers ce déclin inéluctable. Nous ne pourrons que regretter d’avoir connu, vous et moi, une magnifique région rutilante tel un jardin merveilleux qui savait produire fruits et légumes en abondance et de belle qualité; un terroir porteur d’espérances, de travail assuré mais aussi de bon vivre!
    Le constat est terrible : échec total!
    La faute à qui ? – Les femmes et les hommes politiques du département? de la région? peut-être le manque de cohérence interprofessionnelle? le manque de cohérence chez tout le monde? (emploi, formation, transmission des patrimoines, intérêts privés et publics, politique des débouchés économiques…) peut-être la faute de l’Europe?
    Bien sur il faut donner aux jeune l’envie de travailler et aux plus audacieux l’envie de créer! Au regard de votre exposé j’ai bien peur que les plus audacieux ne préfèrent se tourner vers les collectivités territoriales et Pôle emploi qui sont les meilleurs garants d’une sécurité de revenus… Vous l’aurez compris à mon grand regret!

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26 août 2014
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