LA MONTAGNE CATALANE: CETTE MAL AIMEE

Bouillouses2

Le débat qui agite notre montagne catalane sur la liaison Formiguères > Les Angles > Font-Romeu est emblématique de l’incurie de nos élus locaux, Madame MALHERBE en tête …

Le projet des élus de Cerdagne et du Capcir qui consiste à investir plus de 70 M€ pour relier nos 3 principales stations de ski, d’implanter des télésièges et de tracer de nouvelles pistes dans des espaces naturels jusque là préservés en dit long sur notre département et ses élus qui, décidément, marchent sur la tête. Mais aussi sur le fait que la montagne catalane est décidément la « mal-aimée » des « grands élus » du Pays Catalan.

Tout d’abord, il est important de le préciser : ne jetons pas la pierre aux élus des communes concernées qui cherchent désespérément des solutions pour assurer le devenir de leurs territoires. S’ils en arrivent à ce genre de solution « extrême », c’est aussi et d’abord parce qu’ils n’ont jamais été aidés jusque là. Explications …

Les stations catalanes ont toujours été livrées à elles-mêmes, les unes contre les autres.Bruno DELMAS

De toujours, les stations catalanes ont été livrées à elles-mêmes: chacune y est allé de ses propres investissements, de ses propres campagnes de communication (en se livrant quelquefois des concurrences stériles à quelques kilomètres l’une de l’autre), en ne travaillant que trop tard sur des synergies commerciales, opérationnelles …

Les grandes collectivités (département, région …) n’ont jamais joué le jeu de la montagne catalane: il était bien plus facile de laisser les élus s’entredéchirer, rivaliser de projets concurrents. Bref, de se neutraliser réciproquement…

Les seules assises de la neige catalane organisées en 1998 ont permis de lancer le projet Bouillouses avec le succès que l’on sait.Bruno DELMAS

En 1998, lorsque nous avions pris le pouvoir au conseil général, j’avais obtenu de Christian Bourquin d’organiser les « 1ères assises de la montagne catalane »: cette rencontre – qui n’a pas eu de lendemains – avait permis de réunir tout ce que notre montagne compte de bonnes volontés (des élus, des guides de montagne, des éleveurs, etc …). De toutes ces rencontres, devait émaner une vision, des projets, des actions pour donner de nouvelles chances à la Cerdagne et au Capcir. Nous parlions déjà de réchauffement climatique, de menaces de disparition des établissements de santé, de vieillissement prématuré de l’immobilier de montagne et donc, de la nécessité d’inventer une forme nouvelle de développement:

  • plus qualitative en matière d’urbanisme : donner du cachet et de la valeur au « pays », stopper ces constructions bas-de-gamme qui défigurent nos villages et nos paysages,
  • plus harmonieuse: entre activités touristiques, pastorales, agricoles, artisanales … des ponts existent et créent de vraies valeurs économiques (cf. le succès des fermes de Capcir et des fromageries qui n’ont été aidées que trop tardivement)

Bref, nous avions imaginé de nombreuses pistes pour créer des projets innovants en lien avec le tourisme, l’agriculture et la nature. La Cerdagne et le Capcir méritent ce type de développement et peuvent devenir une « petite Suisse » à condition d’en avoir l’exigence.

Le premier projet de ce type fut de fermer la route d’accès aux Bouillouses et de faire de cet espace l’un des plus beaux écrins naturels des Pyrénées; ce que nous sommes parvenus à faire avec le succès que l’on connait (160.000 visiteurs sur 2 mois d’été chaque année). A titre de comparaison, le train de la vallée de la Rhune (ouvert, toute l’année en Pays Basque) attire 350.000 visiteurs.

Le regroupement des stations de ski étaient la 2ème priorité à mettre en chantier, en vain.Bruno DELMAS

J’avais prôné, il y a 15 ans déjà, le regroupement des stations de sport d’hiver dans une structure départementale avec une participation financière de la Région, du Département, des banques et des communes concernées : économies d’échelle à la clé, mutualisation des investissements, mise en place de services performants de navette entre les stations, implantation d’un éco-train sur la route des Bouillouses pour exploiter aussi le site en hiver (plus bel espace nordique des Pyrénées selon les férus de ski de fond).

Le résultat de tout cela ? Par manque de volonté politique et de vision, ce projet n’a jamais été engagé. Et, depuis, les stations de ski ont mené leur développement chacune dans leur coin, les synergies les plus efficaces ont été écartées au profit d’un individualisme qui n’a rien produit d’efficace. Aujourd’hui, les stations sont désemparées et, de plus, confrontées à des défis qu’elles n’ont pas anticipé.

Les Alpes réduisent la voilure en raison du réchauffement climatique. Ici, nous voulons faire le contraire …Bruno DELMAS

Le réchauffement climatique en est le premier : l’enneigement baisse chaque année, la neige de culture (quand elle est possible) coûte de plus en plus cher et constitue une hypothèque sérieuse sur l’environnement … Dans le même temps, pour enrayer la chute de fréquentation, les stations n’ont pas d’autres moyens que d’augmenter leurs prix pour faire face à leurs frais de structure (qu’elles n’ont jamais optimisé faute de regroupement).

Avec des prix à la hausse, la fréquentation baisse, les revenus également … et l’avenir de ces stations est sérieusement menacé (fermeture du Puigmal, etc …).

Aujourd’hui, nos stations occupent des places diverses dans le Top100 des domaines skiables français:

  • Font-Romeu : 31
  • Les Angles : 44
  • Cambre d’Aze : 83
  • Formiguères : 86
  • Porté-Puymorens : 91

Le projet de liaison inter-stations arrive au pire moment :

  • le réchauffement climatique est engagé et pose de sérieuses questions sur l’avenir des stations de moyenne montagne comme les nôtres; et donc, des investissements à y consacrer,
  • les impératifs environnementaux et pastoraux n’ont jamais été aussi importants et doivent nous inciter à aller plus loin en matière de politiques publiques, de protection de nos milieux

Enfin, le tourisme lui-même est en train de changer : les français (premiers clients de nos destinations) partent moins longtemps, mais plus souvent, sur des budgets plus resserrés … ce qui impose de revoir les stratégies en termes d’investissements, d’immobilier de loisir, d’activités touristiques (aqualudisme, spas, randonnées, activités de plein air et toutes saisons …).

Augmenter les prix pour augmenter les revenus des stations ? Pas si évident …Bruno DELMAS

Bref, le projet de liaison semble tomber comme « un cheveu sur la soupe »:

  • relier les stations est un double-anachronisme : des stratégies de regroupement auraient dû être engagées depuis plus de dix ans déjà (avec des moyens financiers conséquents). D’autre part, compte tenu du réchauffement climatique, les plus grandes stations, notamment dans les Alpes, renoncent à étendre leurs domaines et leurs installations. De ce point de vue, mieux vaut suivre leur expérience.

Ce projet repose sur des hypothèses plutôt légères de la part du cabinet mandaté par les municipalités :

  • D’abord, un investissement conséquent (70 M€ pour relier les 3 stations et 40M€ supplémentaires pour le train menant aux Bouillouses) qui ne pourra jamais se réaliser sans l’aide des « grandes collectivités » (département et région) sauf à peser sur les impôts des cerdans et des capcinois.
  • Il ne prévoit aucune synergie sur les coûts d’exploitation : « L’objectif de la fusion n’est pas de réaliser des économies de personnel » peut-on lire dans le pré-rapport. Or, c’est en réalisant des synergies sur les coûts d’exploitation que les stations pourront retrouver des marges de manoeuvre et investir sur leur avenir.
  • L’étude promet de voir progresser les chiffres d’affaires des stations mais elle se contente d’une explication quelque peu légère : en passant le prix du forfait de 37€, en moyenne aujourd’hui, à 44€ demain. Et de préciser : « L’effet sur la fréquentation est plus difficilement mesurable, dans la mesure où il combine plusieurs facteurs ». En clair, augmenter le CA en augmentant les prix: c’est un peu facile, risqué aussi compte tenu des réactions certainement négatives des clients. Et très aléatoires : puisque rien ne permet de dire à ce stade si après avoir investi 70M€ et détruit quelques espaces naturels, le projet portera vraiment ses fruits …

Comme d’habitude, Madame MALHERBE garde le silence … et laisse faire.Bruno DELMAS

Car on ne peut pas faire abstraction de l’impact environnemental et pastoral qui sera énorme. Et sur ce sujet, les « grands élus » sont les plus grands muets. Madame MALHERBE (présidente du conseil départemental et sénatrice) est aussi présidente du Parc Naturel Pyrénées Catalanes (le premier des Pyrénées créé en 2004 et qui couvre le territoire des stations).

Sur ce sujet – comme sur l’impact du futur tracé du TGV sur les populations – cette dernière fait figure de « Grande Muette » : silence radio ! Aucune réaction, aucun commentaire sur le projet … Courage, fuyons !

Voilà donc ce dont souffre notre Pays Catalan: aucune anticipation sur les grandes questions, une inertie coupable (le train des Bouillouses aurait pu être financé depuis bientôt 15 ans et générer encore plus de tourisme durable en Cerdagne Capcir), des stations à l’avenir incertain qui n’ont pas d’autre solution que la « fuite en avant » et un Parc Naturel dont la charte ne sert manifestement à rien puisque ses valeurs de protection de l’environnement ne sont opposables à aucun projet de cette ampleur.

Enfin, et parce que chez nous, tout finit par une étude: en attendant et pour garder le silence « dans l’attente du rapport complet », les élus vont financer 700.000 € d’études supplémentaires sur le projet de liaison inter-stations puisque, comme le rappelle, son pré-rapport : « Au niveau d’analyse qui est le nôtre, c’est volontairement que nous n’avons pas traité les contraintes suivantes : (…) écologique, (…) juridique, (…) financière … ». Une paille, en effet.

En conclusion, et sans blâmer les élus des villages concernés:

  • nos stations paient aujourd’hui le manque de vision et d’anticipation de nos élus locaux, tous bords confondus: les stations sont face à un avenir plus qu’incertain sans solution « durable » et innovante,
  • la Cerdagne et le Capcir sont confrontées à érosion économique rapide qui n’a jamais été traitée de manière globale (le tourisme d’un côté, l’agriculture d’un autre, etc …): aucun avenir positif ne se profile,
  • les élus de la plaine, Madame MALHERBE en tête, continuent de faire la sourde oreille aux menaces qui se précisent sur le territoire, ne prennent aucune position sur rien et laissent la situation se pourrir dans un laissez-aller coupable,
  • enfin, concernant le parc naturel régional, mis à part la construction de son siège et les grands-messes où les élus viennent se frotter la panse, on voit bien qu’il ne sert décidément à rien … alors qu’il fut une très belle idée dès son lancement.

Le Parlement de la Montagne, une opportunité ?Bruno DELMAS

Il existe pourtant des solutions:

  • le regroupement des stations dans une structure commune, la renégociation de leur dette et l’entrée des collectivités et des banques dans le capital (qui passeraient de créancières à actionnaires) est un impératif : pour libérer les communes d’une dette insupportable et investir sur des nouveaux équipements été-hiver (aqualudisme, services de navettes, reconversion du vieil habitat en chambres d’hôtes et hôtellerie de charme …)
  • l’implantation d’un train menant été-hiver aux sites des Bouillouses (opéré en délégation de service public pour ne pas peser sur les finances locales) permettrait de décupler l’attractivité du site et de fixer 30 à 40 emplois sur place,
  • un investissement massif sur l’agriculture (échoppes, fermes atelier …), sur l’artisanat de bouche (à l’exemple de la belle réalisation de la famille Bonzoms à Saillagouse), etc … sont un moyen de fixer une image d’authenticité et de modes de vie plus qualitatifs sur le secteur,

Enfin, rien de cela n’a de sens si :

  • les communes (avec ou sans le parc) ne s’engagent pas sur une politique d’urbanisme extrêmement rigoureuse et qualitative (comparez Llivia et le reste de la Cerdagne pour comprendre …) avec des règles drastiques et les moyens de les faire respecter,
  • si l’Etat, la Région et le département ne font pas de la finalisation de la 116 une priorité : c’est encore, par endroit, un « chemin de muletier » qui mène en Cerdagne-Capcir, comme le soulignait Albert Truno,
  • si l’Etat et la Région ne donnent pas au Train Jaune les moyens de se moderniser et de créer un projet de développement touristique autour de son axe,

Ces développements sont majeurs et nous plaçons beaucoup d’espoir dans l’initiative de la nouvelle présidente de la Région, Madame DELGA, qui annonce la tenue d’un Parlement de la Montagne. Espérons que cette initiative ne fera pas long feu comme les Assises de la montagne catalane tenues en 1998 et jamais plus organisées depuis …


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20 février 2016
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