NOTRE AGRICULTURE PEUT RENAITRE PLUS FORTE ENCORE …

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Menaces sur Saint Charles à court terme mais menaces durables sur notre agriculture. L’Olivier ouvre le débat pour une agriculture catalane retrouvée…

La semaine dernière a été marquée par « l’affaire des tomates marocaines ». Pour résumer, l’Europe prévoit de calculer les droits de douane sur les tomates importées non pas sur leur prix de marché mais sur un prix forfaitaire qui serait calculé sur la moyenne de 49 marchés observés à l’échelle de l’Union Européenne. Du coup, selon les professionnels de Saint Charles, ces prix seraient largement supérieurs aux prix réels du marché ce qui (après application des droits de douane) rendrait les tomates marocaine moins compétitives que ce qu’elles sont aujourd’hui. Conséquence: moins attractives, les tomates marocaines se vendraient moins bien. Il en transiterait donc beaucoup moins par Saint Charles; ce qui menacerait une partie des entreprises et des emplois du marché perpignanais.

En clair, cette « affaire des tomates marocaines » tombe mal pour les professionnels de Saint Charles qui ont reçu le soutien de tous les élus du département. La pression semble un peu diminuée ces jours-ci avec l’annonce, par le Maroc, de la reprise des pourparlers entre l’Europe et le Maroc sur la modération de ces actes délégués; l’Europe ayant détaché sur place (le 23 avril), Jerzy PLEWA, le Directeur Général de l’Agriculture auprès de la Commission Européenne.

Cette affaire illustre bien la dualité des positions qu’impose un tel sujet. En effet, si les professionnels de Saint Charles sont inquiets (la tomate marocaine représente 21% des produits qui transitent par Saint Charles) cet accès de protectionnisme voulu par l’Europe donne plutôt satisfaction à nos agriculteurs catalans qui s’étonnent de n’avoir reçu aucun soutien des élus locaux.

En effet, à les entendre, nos responsables politiques (de tous bords) se trouvent entre le marteau et l’enclume; à savoir :

  • Soit apporter leur soutien aux agriculteurs locaux qui voient dans ces « actes délégués » une occasion de mieux contrôler l’afflux de produits marocains (majoritairement, la tomate) qui concurrencent leurs productions depuis des années,
  • Soit soutenir les professionnels du Marché Saint Charles qui voient dans ces mesures (dont l’entrée en vigueur est programmée en octobre prochain) une menace majeure pour leurs entreprises et leurs emplois,

Pourtant, le débat ne se résume pas à une opposition aussi binaire pour la bonne et simple raison que cette affaire est déjà ancienne puisque, en 2012, l’Europe et le Maroc sont convenus d’un accord de libre-échange qui prévoit que le Maroc puisse exporter vers l’Europe 33% de ses produits sans droits de douane, puis 55% (c’est le cas aujourd’hui) et, enfin, 70% d’ici 2022. Autant dire que le reflux d’importations marocaines vers l’Europe n’est pas pour demain. Et que l’affaire des droits de douane n’est qu’un avatar de plus dans cette tendance lourde à faire entrer des productions marocaines sur nos territoires contre l’exportation vers le Maroc des cultures céréalières du nord de la France. Autant dire que le Pays Catalan (et les autres territoires à cultures méditerranéennes) est l’un des plus mal desservis par la Politique Agricole Commune (PAC).

Au vu des dernières évolutions, nous pensons que les professionnels de Saint Charles, alliés aux autorités marocaines qui mènent un lobby très efficace, obtiendront gain de cause auprès de l’Union Européenne pour minimiser l’impact économique de ces actes délégués. Leurs alertes sur leur avenir sont justifiées et à la mesure de la menace. Mais les professionnels de Saint Charles ont toujours démontré, depuis leur fondation en 1970, leur capacité à s’adapter et à obtenir les décisions optimales pour leurs entreprises. De ce point de vue, nous pensons qu’ils ne sont pas (à court ou moyen terme) les plus menacés.

Ce qui nous inquiète plus, est d’abord la situation de nos agriculteurs, de leurs familles et de leurs exploitations. Ces derniers ont besoin du soutien immédiat de tout le Pays Catalan pour les aider à relever les défis actuels et futurs: comme on l’a vu, les exportations concurrentes en provenance du Maroc et de l’Espagne vont aller grandissant. Et nous pensons que notre agriculture est menacée si nous continuons à jouer dans cette catégorie hyper-concurrencée. L’Espagne et le Maroc affichent des coûts sociaux et des contraintes sanitaires bien inférieures à celles que connaissent nos exploitations nationales. Même si on peut vivement le souhaiter, l’harmonisation (vers le haut) n’est pas pour demain …

Les productions maraîchère  (600 exploitants sur 3000 ha) et fruitière (1100 exploitants pour 10.000 ha) du Pays Catalan méritent toute notre attention car, au-delà des 7000 emplois qu’elles concentrent, elles constituent un pan essentiel de notre identité, de notre art de vivre. Renoncer à aider nos agriculteurs, c’est condamner le Pays Catalan tout entier : c’est laisser nos terres devenir des friches ou des objets de spéculations pour promoteurs immobiliers sans goût ni vergogne. C’est perdre nos racines et céder au défaitisme le plus assassin. C’est manquer à la mémoire de nos pères, de nos grand-pères et de leurs femmes qui ont tant donné pour nos terres, nos paysages et notre art de vivre, basé sur la valeur du travail, de la simplicité et de l’amour des produits bien faits.

C’est à cela que nous devons revenir: des produits bien faits … comme le réclament les consommateurs d’aujourd’hui et de demain. Des produits méditerranéens sains et porteurs de bonne santé. Pas des produits cultivés industriellement, traités comme un malade en fin de vie et transportés dans des frigos roulants en espérant une maturation on ne peut plus artificielle.

Oui, revenir aux fondamentaux en espérant que le consommateur acceptera d’en payer le prix est un risque que nous devons prendre ensemble. C’est un risque que l’Europe, l’Etat et les collectivités locales (région et département) doivent financer sur le long terme, en investissant d’importants moyens financiers. Revenir à une agriculture catalane respectée et prospère suppose d’investir lourdement sur l’accompagnement de nos exploitations agricoles, de financer de la R&D pour devenir pionniers dans la culture moderne et saine (on parle de serres sous pressions pour éliminer les volumes de traitements chimiques), de financer l’implantation d’entreprises de transformation (pour développer et capter sur place toute la valeur ajoutée) et, enfin, avec les professionnels de Saint Charles de tirer profit de l’extraordinaire potentiel logistique du MISC pour exporter nos productions vers toute l’Europe.

Aux volumes et aux bas prix de l’Espagne et du Maroc, nous devons opposer des produits aux vertus incomparables. Au dumping social et aux conditions sanitaires discutables de ces agricultures intensives, nous devons opposer l’image d’une agriculture vivante et saine, respectueuse de ses hommes et de ses paysages, comme nos parents et nos grand-parents (et avant eux leurs parents) nous l’ont appris. Leur travail et leur enseignement ne doivent pas disparaître car ils sont la clés du renouveau de notre agriculture catalane.

Oui, le chemin sera long. Oui, il va falloir mobiliser des moyens pour en arriver là et permettre à nos familles agricoles de franchir cette nouvelle étape dans des conditions économiques et sociales dignes de ce nom. Mais comme le disaient nos parents : « A un catalan, le travail ne fait pas peur … » Endavant !

 

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4 mai 2014
4 mai 2014