PERPIGNAN QUARTIER SAINT JACQUES: URGENCE ABSOLUE

saint jacques - Thierry Llansades

Le Quartier Saint Jacques, joyau du centre-ville ou fardeau ? Quartier le plus ancien mais aussi le plus fragile de Perpignan, il est temps que la prochaine équipe municipale en fasse une priorité.

La ville de Perpignan est dans une situation socio économique délicate comme  nous l’avions décrite dans un précédent article. Mais Saint Jacques est au paroxysme de ces difficultés. Entre une population, pour partie, hermétique aux respect des règles de la vie commune en société et des politiques de relance couteuses et inefficaces, reste-t-il vraiment un espoir de voir les choses changer sur ce quartier ? La fatalité de Saint Jacques doit être enrayée au risque de s’étendre à d’autres quartiers de Perpignan. L’Olivier s’est intéressé au sujet pour en tirer quelques pistes.

Un quartier aux difficultés hors normes, sur absolument tous les sujets :

  • Taux de chômage de catégorie A : 74%
  • Chômage des jeunes (16 à 25 ans): 90% (32% sur Perpignan)
  • Revenu médian annuel: 2200 euros (16 000 euros moyenne régionale) qui fait du quartier St Jacques le plus pauvre de la région.
  • Problèmes sanitaires majeurs de la population résidente : malnutrition entraînant des pathologies associées  (obésité, diabète, troubles cardio vasculaires), conduites addictives, souffrances psychiques, tabagisme chez les très jeunes enfants…
  • Problématiques de sécurité, de développement de trafic….Le quartier Saint Jacques appartient à la zone de sécurité de Perpignan (une des rares à être située en plein cœur de ville, en France).
  • Vétusté majeure des logements : 80% de logements indignes, situation de nombreux immeubles en situation de péril, entraînant des effondrements spontanés comme il y a 15 jours.Effondrement d’immeubles déjà en 2006, 2009 et 2013….

C’est dans ce quartier qu’ont éclatées les violentes émeutes de 2005.

En septembre 2012, les journalistes de France culture ont réalisé deux reportages édifiants et glaçants quant à l’état d’une population en plein cœur de notre capitale catalane, que nous vous invitons à ré écouter:

Mais Saint Jacques, est aussi un quartier qui est devenu la proie facile des marchands de sommeil, des trafics de tous ordres ou de pratiques clientélistes….un quartier où trop souvent la loi du silence et la loi du plus fort remplacent les lois de la République.

Dire que rien n’est fait pour ce quartier serait tomber dans la démagogie facile. Au contraire, nous sommes convaincus que de nombreuses bonnes volontés du monde associatif s’investissent aux côtés des familles de Saint Jacques, de très nombreux services interviennent tant de la part de l’État que de la Ville, des dizaines de millions d’euros ont été investis depuis plus de 10 ans sur les projets de rénovation urbaine, en vain.

En effet, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

La dégradation du quartier se poursuit inexorablement…

Un manque d’efficacité qui peut-être expliqué entre autre par deux points :

  • l’extrême difficulté pour obliger les propriétaires de logements dégradés à réaliser des travaux : propriétaires souvent impécunieux, parfois introuvables, nombreuses indivisions qui complexifient le travail, immeubles divisés au fil du temps…
  • dédale abominable de dispositifs tous plus complexes les uns que les autres, parfois illisibles, qui parfois sont redondants et à l’intérieur desquels l’ambiguïté des responsabilités et des pilotages neutralisent toutes avancées.

Sur le quartier St Jacques, on trouve : la zone de sécurité prioritaire (ZSP), les dispositifs OPAH-RU (opérations programmées d ‘amélioration de l’habitat), les RHI (résorption de l’habitat indigne), le CLS (contrat local de santé), CUCS (contrait urbain de cohésion sociale), réseau ECLAIR (pour les établissements scolaires), l’ensemble des dispositifs dans l’aide à la parentalité ….et la liste pourrait se poursuivre…

Un labyrinthe de dispositifs – nous le pensons – tous plein de bonnes intentions, portés par des énergies et des bonnes volontés, mais qui finissent par se neutraliser et qui s’enferment dans des lourdeurs, des inerties, nuisibles à toute efficacité.

La présence d’un très grand secteur sauvegardé au titre des bâtiments de France, est une contrainte (mais qui existe dans bien d’autres centres villes, sans que les quartiers concernés ne connaissent le niveau de dégradation de st Jacques) mais ne constitue pas le principal frein à une action efficace.

Pour l’avenir de la ville dans son ensemble, la prochaine équipe municipale aura l’obligation d’enrayer la dynamique funeste de ce quartier et lui donner des perspectives.

Pour cela, elle n’aura pas d’autres choix que « de reprendre la main » sur ce quartier avec la plus grande exigence, avec fermeté et un souci permanent de recherche d’efficacité : évaluation des actions lancées, rigueur dans l’organisation et le pilotage des services et des partenaires, et lutte avec intransigeance contre toutes les pratiques clientélistes et les trafics.

Les aspects liés aux questions de sécurité sont majeurs mais ne sont pas « l’alpha et l’oméga » pour sortir St Jacques de la situation désastreuse dans laquelle il se trouve.

 

A difficultés hors normes, il faut des mesures hors normes !

 

Pour L’Olivier, ces mesures doivent passer:

– En premier lieu, par la réalisation d’une expertise -évaluation (par un organisme extérieur) des dispositifs et organisations en place sur le quartier.

– Une ré-organisation des services de la Ville pour réunir au même endroit et au cœur du quartier l’ensemble des services municipaux (aujourd’hui éparpillés aux quatre coins du centre ville) qui participent aux questions de rénovation urbaine et à la lutte contre l’insalubrité.

  • Mise en œuvre d’une organisation telle que celle développée sur Montpellier et qui a porté la transformation du centre ville Montpellierain : « Mission Grand Cœur », qui aurait pour mission les questions de rénovation urbaine, d’amélioration du cadre de vie, de re dynamisation commerciale du secteur, d’aménagement général,…L’ensemble porté par une équipe expérimentée, pluridisciplinaire.
  •  Valorisation maximale de tous les sites patrimoniaux du quartier : Muséum d’histoire naturelle, Hôtel Pams, Couvent des Minimes, Ancienne université …
  • Déplacement de l’actuelle médiathèque située rue Emile Zola, sur un nouveau site sur le terrain mitoyen de la place de Catalogne, et conversion de la médiathèque actuelle en antenne de la faculté. Création de logements étudiants, sur le secteur : Place Rigaud / Rue de la Fusterie.
  • Dans quelques semaines le ministre de la ville, rendra publique la liste des quartiers prioritaires qui pourront bénéficier de financement majorés de l’ANRU (agence nationale de rénovation urbaine). Les élus de Perpignan doivent imposer non seulement que le quartier Saint Jacques fasse partie de cette liste (ce qui est à priori acquis), mais qu’au vu de sa situation d’extrême fragilité et d’extrêmes difficultés, à notre sens uniques en France, il puisse bénéficier de moyens exceptionnels, comme une qualification supplémentaire en « zone franche urbaine » telle que le propose le conseil économique et social dans son dernier avis (15/01/2014) pour gagner en efficacité sur les questions économiques..
  • Mettre en place un conseil de quartier représentatif, pour associer les résidents à la vie du quartier, à ses difficultés, à ses perspectives et à ses choix.

La situation de Saint Jacques – et son développement anarchique vers l’hyper centre-ville – n’est pas une fatalité pour Perpignan: des moyens d’actions existent. Il est important que la prochaine équipe municipale en fasse une priorité pour ne pas condamner, à terme, l’une des plus grandes parts du centre-ville.

Illustration – Photo – Thierry Llansades – CC – Flickr

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27 janvier 2014
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