AGENCE ECONOMIQUE: POURQUOI PERPIGNAN AGGLO DOIT REVOIR SA COPIE

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Sur le plan économique, le Pays Catalan a besoin de visions, de projets. Il a aussi besoin d’élus déterminés. Mais il n’a pas besoin de nouveaux guichets. C’est pourtant ce que s’apprête à lancer la Communauté d’Agglomération Perpignan Méditerranée à travers son projet d’Agence de Développement Économique avec le MEDEF départemental : un guichet supplémentaire dont nous sommes en droit de douter des résultats futurs.

Plusieurs raisons alimentent nos doutes :

  • Tout d’abord, le rôle de la future agence :

Selon la fédération des agences et des comités d’expansion économique, leur rôle est d’accompagner les entreprises de leur création à leur développement, voire à leur transmission, mais aussi d’attirer de nouvelles entreprises sur le territoire en les aidant dans la recherche d’aides publiques.

Ce rôle est déjà rempli par de nombreuses structures dans le département (CCI, Chambre des Métiers, Chambre d’Agriculture, antenne du conseil régional, antenne locale de la Banque Publique d’Investissement …) qui disposent des équipes et des moyens suffisants pour répondre à toutes les demandes provenant des entreprises.

A titre d’illustration, la CCI de Perpignan a traité 354 accompagnements individuels en 1 an (derniers chiffres connus en 2011), a bouclé 3 dossiers de financement pour 43 K€ et 722 dossiers d’aides à la création d’entreprises (ACCRE).

[quote style= »style2″]Seules 1% des entreprises créées et 2% des entreprises déjà créées ont eu recours à des aides publiques[/quote]

Selon un rapport de la Cour des Comptes sur les aides des collectivités locales au développement économique, seules 1% des entreprises créées et 2% des entreprises déjà créées ont eu recours à des aides publiques en raison de l’extrême complexité d’obtention. Et selon une enquête menée par OSEO (la banque des PME), seulement 27% des entreprises recourent à l’intervention de ces structures qu’elles jugent inefficaces et inutiles dans la complexité des systèmes d’aides.  Il existe, par exemple, 366 systèmes d’aides économiques différents à l’échelle de la seule région Languedoc-Roussillon.

L’idéal serait donc de rationaliser ces systèmes d’aides plutôt que de concevoir et de financer des guichets chargés d’aider les chefs d’entreprises à se déplacer dans cette jungle administrative.

Un guichet de plus à l’échelle de l’Agglomération ? Quelle sera donc sa valeur ajoutée ? De notre point de vue, aucun. Ce devrait pourtant être la première question à laquelle Perpignan Méditerranée Agglomération devrait répondre.

  • Un concept fumeux

Le seul axe d’action connu pour motiver le lancement de cette agence est de se lancer dans le marketing territorial. Cette belle expression ne veut rien dire : elle n’est qu’une option « fourre-tout » pour justifier du lancement de cette nouvelle agence, voire pour justifier des financements hasardeux.

L’Indépendant du 28 mars dernier indiquait que – au titre du fameux marketing territorial –  la nouvelle agence aurait vocation à financer l’USAP. Malgré tout l’attachement que nous témoignons à notre équipe-phare, cette option n’est pas sérieuse et donne un très mauvais signal aux PME quant à la vocation réelle de cette agence.

Adosser la création de l’Agence de développement économique à un discours qui, depuis 1993 suspend notre avenir à la puissance économique de Barcelone et à l’arrivée du TGV, est un manque de réalisme. On nous fait attendre un miracle économique qui ne viendra jamais et pendant ce temps nous ne produisons pas les stratégies de développement du Pays Catalan à partir de ses ressources.

Par ailleurs, la nécessité de créer une agence qui s’ajoute au service économique de l’agglomération n’a pas clairement été démontrée.

Enfin, le slogan – Naturellement Compétitive – que s’est approprié l’Agglomération ne veut rien dire non plus : au regard des chiffres alarmants du chômage, des défaillances de commerces et d’entreprises sur l’agglomération et le département, il résonne même comme une publicité mensongère.

[quote style= »style2″]Un slogan, aussi abstrait soit-il, ne suffit pas[/quote]

L’agglomération se trompe sur la manière à employer pour attirer des entreprises : un slogan, aussi abstrait soit-il, ne suffit pas. Il faut proposer des terrains, des équipements modernes (comme le très haut débit), des axes routiers performants, des équipements collectifs de qualité (crèches, écoles, culture …). Et surtout, donner du territoire l’image d’une terre fertile pour l’économie car les entreprises s’implantent et ne se développent que sur des territoires performants. Nous sommes bien loin du slogan et encore plus, de la réalité.

  • L’absence d’objectifs et de politique d’évaluation

En 2013, en pleine crise économique depuis des années, nos collectivités peuvent-elles se permettre de lancer de nouveaux « guichets » à vocation économique, sans la moindre indication d’objectifs ? Certainement pas. Une agence de développement économique coûte cher : en moyenne, leur budget oscille aux alentours de 1,5 Millions d’euros.

Perpignan Méditerranée Agglomération a voté un budget de « seulement » 300.000 euros : peut-on raisonnablement penser qu’il s’agit d’un budget réaliste au regard de la moyenne nationale ? Et surtout, pour quels résultats ?

[quote style= »style2″]Une telle agence doit générer 4 fois plus d’aides que ce qu’elle coûte.[/quote]

Selon plusieurs rapports économiques, ces agences doivent – au final – générer 4 fois plus d’aides économiques que ce qu’elles coutent soit, pour l’Agence de Perpignan, un total de 1.200.000 euros par an.  Ce montant pourrait constituer – a minima – un objectif réaliste que les élus devraient fixer à la future agence.

Par ailleurs, fixer des objectifs (ce qui est le minimum en ces temps de crise et d’optimisation des finances publiques) suppose de fixer des éléments d’évaluation permettant de vérifier si les objectifs assignés ont été atteints ou non et pourquoi.

S’ils allaient au bout d’une véritable logique économique, les élus de l’Agglomération auraient, par conséquent, dû décider qu’en l’absence d’objectifs atteints, l’agence devrait fermer ses portes. Mais tel n’a pas été le cas. Ce qui pose également la question de la gouvernance de la future agence.

  • Sa gouvernance future

Les rapports successifs de la Cour des Comptes regorgent d’histoires plus ou moins croquignolesques sur l’activité des agences de développement économique qui souffrent la plupart du temps d’une « absence d’autonomie par rapport à la communauté qui les finance » ainsi que d’une « confusion totale des activités de l’une et de l’autre ».

La gouvernance choisie par la Communauté d’Agglomération Perpignan Méditerranée est, malheureusement, conforme aux risques pointés par la Cour des Comptes.

[quote style= »style2″]Le mode de gouvernance de la future agence favorisera la confusion des genres et exclura tout débat.[/quote]

Alors qu’il est recommandé que la gouvernance des agences soit confiée la fois à des chefs d’entreprises, des élus des collectivités, des représentants des syndicats de salariés, patronaux et des chambres consulaires, des universitaires … pour en faire un lieu privilégié de concertation entre les acteurs locaux, Perpignan Méditerranée a fait le choix de ne lui associer qu’un seul syndicat patronal (L’UPE 66, en d’autres termes, le MEDEF) en excluant le syndicat des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) ainsi que les chambres consulaires.

Un sujet comme l’économie du Pays Catalan (Perpignan pèse pour 70% de l’économie totale) ne peut se traiter « entre soi », en excluant les forces vives, les représentants du terrain. En excluant, par conséquent, tout débat et toute politique d’évaluation des résultats.

Il ne peut pas, non plus, se limiter à faire participer un seul syndicat patronal qui a peu brillé dans l’aide au développement économique comme en témoignent plusieurs articles de presse.

Ce choix est contestable et pèsera lourdement sur les orientations et les résultats de la future agence.

  • Le coût de cette agence

Il semble être sérieusement question d’installer l’agence de développement économique dans le bâtiment en forme de galet (notre illustration) qui est en cours d’achèvement au Centre Del Mon. Un local mis en vente depuis trois ans et qui n’a pas trouvé preneur. La première action de l’ADE doit-elle être d’engloutir une somme conséquente pour voler au secours d’une opération immobilière en grande difficulté ?

Les informations relatives au coût de la future agence sont divergentes : on parle d’un budget annuel de 300.000 euros là où d’autres l’évaluent à 850.000 euros.

[quote style= »style2″]Le budget doit être clarifié, notamment au regard de vrais objectifs.[/quote]

Reste le recrutement des cadres de la future agence sur lequel nous resterons vigilants tant en ce qui concerne leurs compétences propres que sur les objectifs qui doivent leur être impérativement assignés. Comme l’indique la fédération des agences et des comités d’expansion économique, il est impératif de recruter des personnes qui ont fait leurs preuves en matière de développement économique.

En conclusion

Dans l’Indépendant du 19 février dernier, le Président de l’agglomération de Perpignan annonçait que la gestation de cette future agence avait pris entre 2 et 3 ans. Nous sommes en droit de nous interroger sur la qualité de cette réflexion :

  • Aucune valeur ajoutée n’est apportée par rapport aux dispositifs existants,
  • Le concept de marketing territorial ne repose sur aucun élément probant,
  • La future agence ne s’est vue fixer aucun objectif précis ni aucune politique de suivi et d’évaluation de sa future performance pour l’économie locale,
  • Son mode de gouvernance est exclusif de nombreuses forces vives locales en se limitant aux élus de l’agglomération et d’un seul syndicat patronal,
  • Le coût réel de la future agence n’est pas clair et le recrutement de son futur management pose encore de nombreuses interrogations.

L’Olivier s’est donné la mission de travailler au développement du Pays Catalan dans une démarche constructive et déterminée. Nous recommandons à nos élus d’être vigilants et de ne pas reproduire les erreurs du passé (il existait déjà une agence au niveau départemental qui a été fermée faute de résultats).

[spacer style= »style3″]

[quote style= »style1″]Nous proposons l’alternative suivante :[/quote]

  • Soit, Renoncer au projet d’agence en raison des nombreux défauts que nous avons relevés,
  • Soit, Adapter le projet à une vision réaliste et honnête du développement économique du territoire :
    • Fixer des objectifs chiffrés à l’agence et définir les moyens d’en évaluer les résultats chaque année,
    • Associer à sa direction les autres représentants du monde économique et universitaire,
    • Définir un budget « de combat » à la fois au regard des objectifs assignés et de l’état des finances publiques,
    • Garantir une transparence totale sur les recrutements des futurs managers de l’agence,
    • Enfin, s’engager à fermer cette agence en cas d’échec au bout de 2 ans maximum et à ne pas reconvertir les personnels au sein de la communauté d’agglomération, ce qui représenterait un surcoût important pour la collectivité.
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5 avril 2013
5 avril 2013