UN BUS NOMME SOUPIR

La photo est touchante : conseil général et agglo, main dans la main, pour enterrer une hache de guerre à plus de 16 Millions d’euros que le contribuable catalan est prié de régler sans mot dire. Il faudrait, en plus, applaudir les élus qui sont entièrement responsables d’une telle catastrophe. Retour en arrière sur une affaire ubuesque …

Nous sommes en 2004: le conseil général a la charge du transport scolaire sur tout le département mais l’agglomération ne l’entend pas de cette oreille et déclare vouloir se charger de l’organisation des transports sur son propre territoire. Pour les élus de ces deux collectivités, la question n’est pas de livrer un meilleur service aux élèves mais de marquer « son » territoire avec des autobus floqués à leurs couleurs, quitte à prendre en otage le contribuable catalan pendant plusieurs années, à ses frais évidemment.

 

Cette affaire de bus est aussi stupide que celle qui avait poussé le conseil général à installer des bornes sur chaque rond-point de la ville en indiquant « Vous entrez sur une route départementale » et, quelques mètres plus tard, « Vous sortez d’une route départementale » … histoire de montrer que chacun avait une part de responsabilité sur l’entretien de la voirie.

L’affaire des bus est née dans ce contexte « politique » et … contrairement aux annonces de la semaine dernière, n’est pas près de se terminer.

La guerre ville/conseil général … toujours

A cette époque, nos élus de droite (mairie) et de gauche (conseil général) se livrent une série de guerres stupides sur tout un tas de sujets : financement des routes, des grands équipements culturels, etc … le transport en bus, en général … et les transports scolaires n’y échapperont pas:

– le conseil général avait, de par la loi, une compétence générale sur les transports en bus sur tout le département,

– avec sa création, la loi donnait toutefois à l’agglomération le droit de récupérer cette « compétence » sur son territoire: comme d’habitude dans notre beau département, le « clash » était inévitable !

– la ville et l’agglo ont privatisé le transport sur leur territoire au profit d’une entreprise espagnole,

– le conseil général a « nationalisé » le transport de bus en stoppant les délégations qu’il donnait aux petites entreprises locales et en recrutant directement chauffeurs de bus, contrôleurs et mécanos dans ses propres effectifs,

Deux visions diamétralement opposées de la manière de conduire la politique des transports publics. Mais une même méthode : surtout ne pas s’entendre, quitte à doubler la facture pour le contribuable perpignanais et catalan.

Cette politique stupide ne manquera pas de frapper les esprits de n’importe quel citoyen:

– des lignes concurrentes entre deux villages : l’une exploitée par le conseil général, l’autre par l’agglomération,

– des bus qui roulent à vide dans les deux sens,

– une gare des bus en dessous de tout du point de vue de l’accueil des personnes transportées,

– un ballet incessant de bus vides devant la gare de Perpignan,

– la faillite immédiate des principales entreprises familiales de bus que comptait notre département … elles qui n’étaient pas armées pour affronter une concurrence aussi déloyale. Tout cela, bien sûr, aux frais des contribuables catalans …

C’est aussi la période de la guerre des prix :

– « Le bus à 1€ » pour le conseil général,

– et « Le bus à 1,20 € » pour l’agglo,

– Mais, dans les deux cas, des pertes abyssales de part et d’autres que le contribuable est appelé à financer sans broncher … Chaque personne transportée à 1€ ou 1,20€ génère au moins le double en pertes financières pour les collectivités.

Un accord en trompe-l’oeil

La petite sauterie amicale qui s’est tenue au conseil général le 24 septembre dernier n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ce jour-là, devant la presse locale, les élus de l’agglo et du conseil général, ont « soit-disant » mis fin à la guerre qui les opposait, notamment, sur le financement du transport scolaire. En effet, depuis 2004, le conseil général refusait de contribuer au financement de ces transports sur le territoire de l’agglomération. Plusieurs recours ont d’ailleurs été déposé par l’institution devant les tribunaux français, en vain.

Le conseil général va devoir participer au budget annuel des transports scolaires de Perpignan à hauteur de 4,9 Millions d’euros par an.

Sur le fond, il est normal que le conseil général – dont c’est la compétence – participe au financement de ces transports. Sur le fond toujours, il est anormal que la Ville, l’agglo et le conseil général ne se soient pas entendus dès le départ pour organiser cette compétence en commun.

La guerre que viennent de se livrer les deux collectivités – selon les dires de leurs représentants, Hermeline MALHERBE en tête, pour le conseil général – aurait coûté 8 Millions d’euros aux contribuables. Selon nos informations, la facture serait, en effet, plus proche des 16 Millions, soit le double !

L’annonce des deux collectivités de mettre fin à leur contentieux ne stoppe pas pour autant la saignée que la politique des transports publics opère sur les contribuables catalans. Rien de ce qui a été annoncé n’est pour l’instant mis en place. L’annonce que tout rentrera dans l’ordre en 2015 (année électorale) est à prendre avec des pincettes. A cette date, théoriquement, seule la question des transports scolaires serait tranchée. Celle des transports (tous) publics n’est toujours pas à l’ordre du jour.

En conclusion, nous ne sommes pas au bout de notre effarement: en 2015 et au-delà, les bus vides du conseil général et de l’agglomération continueront de se croiser sur les routes de l’agglomération … au grand dam de nos finances locales !

1 Commentaire
  1. C’est bien là le reflet du mépris du contribuable, du développement économique par le blocage de son fonctionnement, de l’intelligence mise au service du public, de la logique exacerbée des politiques pour le développement des transports… ( oui mais ça crée des emploi!)
    Ca fait froid dans le dos

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5 octobre 2014
5 octobre 2014